Plus de tendresse avec les personnes très âgées…

 

Elles se sentent souvent incomprises, parfois mal aimées. A nous de savoir mieux les écouter, de les aider à communiquer pour développer, ensemble, des relations affectueuses et authentiques.

Quand elle vient déjeuner chez ses enfants,  Mme B., 87 ans, aime mettre le couvert, ou surveiller les pommes de terre sautées. De tous petits gestes de participation à la vie commune qui l’aident à se sentir aimée. Se rendre utile permet de se dire qu’on a toujours sa place dans l’histoire familiale, à un moment de la vie où le besoin de reconnaissance est particulièrement aigu.

Plus on vieillit, plus on a besoin de manifestations d’affection. On se sent plus seul et on est angoissé par la fin de la vie. On y pense même si on n’en parle pas. Cela explique pourquoi les personnes âgées ont tant besoin de l’affection de leur entourage. Comment la famille peut-elle y répondre sans se laisser culpabiliser ou submerger ?

« La sagesse recommande d’éviter de se laisser enfermer dans une relation étouffante sans pour autant tomber dans l’indifférence, dit Charlotte Laurent, psychologue. Pour trouver la bonne distance affective, je rappelle toujours la fable des porcs-épics du philosophe Schopenhauer, reprise par Freud. Deux porcs-épics transis par le froid hivernal décidèrent, pour se réchauffer, de se presser l’un contre l’autre.

Mais comme ils se piquaient avec leurs épines, ils durent se séparer et, à nouveau, ils eurent froid. Après de nombreux essais, ils trouvèrent enfin la bonne distance pour échanger un maximum de chaleur sans trop se piquer. Cette attitude illustre comment on peut continuer à aimer les personnes âgées telles qu’elles sont devenues, tout en admettant ses propres limites.»

Une relation affectueuse ne passe pas forcement par de grandes embrassades

De nombreuses personnes âgées aiment à être serrées dans les bras de leurs enfants et sentir passer un véritable courant d’affection. Mais les embrassades ne sont pas toujours bienvenues. Beaucoup de personnes âgées sont peu habituées aux manifestations de tendresse. Pour certaines, les gestes de fusion peuvent procurer une sensation d’étouffement ou donner le sentiment désagréable que l’on a un pouvoir sur elles.

Lorsque l’infirmière m’a serrée dans ses bras à la mort de mon mari, j’ai eu l’impression d’être prise pour un nounours », raconte Mme C., 79 ans. Tout dépend de ce qu’on a connu dans son enfance. Dans certaines familles, l’affection était réelle mais jamais ostentatoire.

En revanche, le temps que l’on passe avec nos anciens compte beaucoup pour eux. Pour Charlotte Laurent, « on parle trop souvent de “prendre” la main d’une personne âgée, avec tout ce que cela peut comporter d’intrusif ou de machinal.

Je préconise de poser sa main tout contre la sienne, en s’accompagnant du langage: “Comment vas-tu aujourd’hui ?“ Ou en se nommant si la personne est malade: “Bonjour, c’est Charlotte.”

Elle va sans doute saisir votre main, mais vous lui aurez offert un pouvoir, une part de liberté. »

II faut savoir parler sans infantiliser

Parler avec une personne âgée, cela s’apprend. “Je ne suis pas sourde, inutile de crier, parlez lentement, distinctement”, avait écrit cette vieille dame en guise de vœux à l’équipe de soignants qui s’occupait d’elle.

Dans tout message, les mots ne comptent que pour 8 %. L’intonation de voix pour 35 % et la gestuelle pour 57 %. Ce qui est vrai au quotidien dans les relations professionnelles l’est particulièrement avec les personnes âgées. Car, trop souvent, on s’énerve, oubliant qu’il faut au contraire prendre son temps et articuler au lieu de crier.

Pour répondre au besoin essentiel d’être aimé, la voix doit être calme et chaleureuse. Avec, en même temps, une intonation ferme pour sécuriser la personne. Même si être sûr de ce qu’on dit (“Je dois partir”) ou des ordres que l’on donne (“C’est l’heure d’aller te coucher”) peut sembler parfois difficile. Pour les personnes légèrement diminuées psychiquement, la voix doit s’accompagner d’une main dans le dus, qui va renforcer la communication. À condition qu’elle soit chargée de douceur et d’affection. La personne âgée le ressentira immédiatement.

Sourire peut suffire à donner du bonheur

En formation, je travaille aussi beaucoup la communication qui passe par les yeux, souligne Charlotte Laurent, il y a toujours dissociation entre ce qui sort de la bouche et ce qui passe par le regard. » On peut ainsi fusiller quelqu’un des yeux tout en lui susurrant de plaisantes banalités. Mais on peut aussi adoucir un message difficile par un regard compatissant. Et avec nos proches âgés, il est souvent plus facile d’exprimer son affection par un vrai sourire des yeux qu’en disant: “Je t’aime.”

À cette période de sa vie, il n’est pas rare qu’une personne âgée s’énerve et lâche des méchancetés à son entourage. Mais à observer son regard, on n’y retrouve pas son agressivité verbale. On comprend davantage que les anciens puissent avoir des écarts de langage en situation de détresse. « Que laissons-nous lire de nous-mêmes dans notre regard, que pouvons-nous lire dans le regard de l’autre ? interroge Charlotte Laurent. Ce regard est-il fuyant, apaisant, porte ouverte à la rencontre ? »

N’oublions pas non plus de sourire, cette merveilleuse façon de compléter la communication. On sait qu’à l’hôpital les anciens se souviennent toujours de “celle qui sourit”, même sans en connaître Je nom.

La relation avec nos aînés doit être un plaisir, pas une obligation

Les personnes âgées sont sensibles au plaisir que l’on cherche à leur procurer, mais il faut avoir soi-même du plaisir dans cette communication. Les enfants, les filles en particulier, ont parfois du mal à éprouver ce sentiment dans leur relation avec leur mère, parce qu’elles souffrent qu’elle ait vieilli de la sorte. C’est pourquoi il est important que les personnes qui prennent soin de nos parents soient bien formées.

Qu’elles sachent les mettre à l’aise au moment, par exemple, du bain ou des soins d’hygiène. Une personne âgée sait tout de suite si vous avez du plaisir à vous occuper d’elle, si vous êtes avec elle dans une relation vraie. Une relation qui se situe dans l’Être, être avec elle avec plaisir, et non dans l’Avoir, dans la relation de pouvoir, qui fait de l’autre un objet.

«Je suis très stricte mais je pense qu’on ne doit pas s’occuper de ses parents dans l’intimité du quotidien, estime Charlotte Laurent. Il y a des gestes, comme la toilette, qui risquent de gêner nos parents.

Il est préférable de confier ces soins à des équipes extérieures. De plus, si les enfants ont des difficultés de contact avec leurs parents, s’il subsiste entre eux des rancœurs du passé, des soignants extérieurs doivent prendre le relais. Cela ne veut pas dire qu’il faut abandonner les visites régulières. Mais on ne doit pas être culpabilisé si on ne peut pas s’occuper au quotidien d’une mère avec qui on a eu des problèmes. On peut aussi envisager de faire un travail sur soi pour voir si la relation a été véritablement négative. »

Plus on perd sa mémoire et ses facultés mentales, plus on est sensible au toucher. Notre main peut alors faire passer des messages d’affection, Serrer doucement une épaule ou un bras, être tendre dans ses gestes : donner le bras, recoiffer, mettre de la crème sur les mains.., on sait vite si l’on fait plaisir et comment on peut multiplier la communication tactile. Nul besoin de gestes compliqués pour faire passer son affection vers ceux qui en ont si besoin.

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