Automédication : que faut-il savoir pour bien la gérer ?

L'automédication consiste à établir un autodiagnostic à partir de sa propre expérience ou de celles des proches, puis à adapter son traitement au jugé, en fonction de symptômes que l'on croit reconnaître. Elle doit cependant s'inscrire dans un cadre strict.

Homme d'affaires prenant des pilules médicales
© istock

Les femmes s’automédiquent plus souvent que les hommes, en particulier pour les soins de leurs enfants. Il faut dire que les petits bobos de tous les jours ne justifient pas toujours une consultation. Une tendance qui s'agrandit avec la famille : On épluche beaucoup moins les notices pour le deuxième enfant, qui profite de l'expérience acquise avec le premier.

Certains patients préfèrent aussi simplement éviter le médecin, souvent par crainte d'un diagnostic plus grave que prévu. Perte de temps moindre, raccourci commode, prise en charge personnelle... Autant d'arguments qui semblent jouer en faveur de cette pratique.

Qu'est-ce que c'est ?

La Direction de la recherche, des évaluations, des études et des statistiques définit l'automédication comme « le comportement d'un individu qui décide de ne pas avoir recours à un professionnel de santé dans le choix et le suivi d'un traitement ».

Cette dernière relève alors de la seule responsabilité individuelle. Elle se distingue donc de la prescription médicale, bien sûr, mais aussi des conseils pris auprès du pharmacien.

Savoir utiliser un médicament

L'automédication se pratiquant sans contrôle, il est possible de se fournir à n'importe quelle source : de l'armoire à pharmacie pleine de reliquats d'anciens traitements aux catalogues en ligne, pas toujours légaux. Il est donc bon de rappeler certains éléments importants sur les médicaments.

Quand le prendre ?

L'organisme a son propre rythme, les traitements doivent s'y soumettre. La chronothérapie permet d'optimiser les effets d'une substance en déterminant à quel moment elle fera le plus effet.

Ainsi, certains comprimés (l'ibuprofène notamment) peuvent provoquer des brûlures d'estomac : il vaut mieux les prendre en cours de repas. D'autres, au contraire, doivent passer plus vite dans la circulation et donc être pris à jeun (les granules homéopathiques en particulier)

Corticoïdes et anti-inflammatoires seront plus efficaces en matinée, alors qu'une anesthésie locale (chez le dentiste, par exemple) aura plus d'effet l'après-midi.

Sans oublier les substances somnifères (antihistaminiques...) qu'il vaut mieux éviter de consommer avant de conduire.

Attention également : ne pas absorber une double dose "pour compenser" l'oubli d'une prise. Un coup de fil au pharmacien est le meilleur moyen d'éviter les erreurs.

Ce ne sont pas des médicaments !

Tout ce qui est vendu en officine n'est pas médicament. Un médicament a reçu une autorisation de mise sur le marché (AMM) par l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps).

Le terme "médicament" doit être consigné sur l'emballage. Ils sont nécessairement conservés derrière le comptoir, à l'écart des produits en vente libre.

Cela ne comprend donc pas les compléments alimentaires (vitamines, minéraux à faible dose...), les produits diététiques (substituts protéiques...), les cosmétiques et certains produits de phytothérapie (extraits, huiles essentielles...).

Quels sont LES RISQUES ?

L'automédication peut conduire à des résultats catastrophiques. Outre les erreurs de diagnostic, consommer un médicament selon une posologie imaginaire (car, bien souvent, notices et emballages ont été perdus ou jetés) est extrêmement risqué.

Exemple classique : les antibiotiques qui, pris sans prescription selon des rythmes inconsidérés, risquent non seulement de ne rien guérir, mais encore de compromettre le véritable traitement en rendant les germes résistants.

Retard de diagnostic et effets secondaires

L'automédication va forcément induire un retard de diagnostic, préjudiciable à la guérison. Sans compter les effets secondaires indésirables d'ordre psychologique (fatigue, nervosité), cutané (réaction allergique), digestif (diarrhée), urinaire, sexuel... Certains sont dûment notifiés sur les emballages. Mais d'autres, inattendus, peuvent apparaître en cas de mauvaise association.

Pratiquée par définition sans contrôle, l'automédication risque de se superposer à d'autres prises : les traitements de fond que l'on oublie de prendre en compte (pilule contraceptive, traitement substitutif à la ménopause, polymédication des personnes âgées.. certains produits d'usage courant (alcool, caféine, nicotine... ) qui interagissent avec les médicaments...

Il y a alors risque de contre-indication et de surdosage. une personne suivant un traitement anti-inflammatoire pour un mal de dos risque de doubler sa dose d'aspirine rien qu'en prenant un comprimé contre le mal de tête. Le médicament anodin n'existe pas.

La médication officinale

Face aux excès de l'automédication, les pharmaciens proposent la médication officinale. Il s'agit tout simplement de prendre conseil auprès du pharmacien. Sous réserve de bien lui signaler toutes les données cruciales (traitements en cours, conditions spécifiques...), il est tout à fait qualifié pour prescrire un médicament sans risque de contre-indication, mais pas pour établir un diagnostic.

Dans de tels cas, le produit qu'il propose relève bien de la classe des médicaments, mais de ceux non remboursés par la Sécurité sociale et dénommés "conseils

Quelques symptômes courants

Le mal de tête

La question à se poser face à un mal de tête est : "A-t-on une explication ?" une céphalée violente, inhabituelle, invalidante est un signe inquiétant : il faut consulter. En revanche, si le phénomène est connu et diagnostiqué, inutile de recourir au médecin.

Les causes peuvent être multiples, de la fatigue à une mauvaise posture (auquel cas, les médicaments ne feront que soulager sur le moment).

Le paracétamol reste l'antalgique roi. N'en abusez pas : 3 g par jour (4 g au maximum), toujours espacés d'au moins quatre heures. Vous risqueriez une intoxication aux antalgiques et des problèmes de foie. Un peu de repos permet souvent de calmer la douleur. Dans le cas de la migraine, l'ibuprofène est plus souvent utilisé.

La toux

Il faut bien distinguer la toux sèche, douloureuse, fatigante, de la toux grasse, productive. La première doit être calmée par des sirops antitussifs, avec peu d'effets secondaires (constipation, somnolence).

Evitez les sirops alcoolisés (surtout, bien sûr, chez un enfant). La toux sèche peut être liée à une affection O.R.L., attention à l'évolution en bronchite.

Au-delà de deux semaines sans amélioration, la toux relève d'un problème plus grave : consultez. La toux grasse, elle, permet d'éliminer les glaires des voies respiratoires. Elle doit être encouragée par des sirops expectorants (mucorégulateurs à la carbocystéine...). Le traitement ne doit pas dépasser une semaine.

Le mal de ventre

Il recoupe une multitude de pathologies. Il faut savoir distinguer les symptômes et faire la différence entre une douleur suivant un repas inhabituel (trop copieux, denrées périmées) et une autre survenant sans raison déterminée. Ces dernières douleurs sont toujours plus inquiétantes.

Les remontées acides sont plutôt associées aux maladies gastriques, ce qui va supposer des antiacides et des pansements gastriques ("plâtres"). Dans le cas d'une constipation, les laxatifs les plus populaires (phénolphtaléine, anthraquinones...) sont les plus dangereux : ils irritent la muqueuse colique et sont nocifs à long terme.

Préférez les laxatifs "de lest" (lactulose) à l'action plus lente, mais moins violente. Pour la diarrhée, seule la forme aiguë, récente, est du ressort de l'automédication (attention à la déshydratation chez le nourrisson !). Si le phénomène dure plus de 48 heures (24 heures chez le nourrisson), consultez.

La fatigue

Ce problème peut découler de nombreuses causes possibles. Dans 90 % des cas, elle traduit un mal- être chez le patient et n'a pas de causes somatiques. Si elle devient chronique et influe sur la vie quotidienne, si vous commencez à perdre le goût des choses, elle peut traduire un état dépressif.

Cette fois, la consultation s'impose : la dépression nécessite un traitement et souvent une aide psychologique.

D'autres fois, une fatigue peut avoir une origine organique (insuffisance rénale, anémie...) que le médecin cherchera par des examens. Sinon, de nombreux antiasthéniques sont disponibles sur le marché. Leur efficacité n'est pas toujours prouvée, mais ils constituent une bonne aide. Oligoéléments et vitamine C peuvent contribuer à bien finir l'hiver. Pour combattre le stress, les médecines complémentaires permettent de se détendre.

La fièvre

Si elle n'est pas accompagnée de symptômes inquiétants (nuque raide, qui peut signifier une méningite...), il n'y a pas à s'inquiéter. Évitez les antibiotiques (qui ne sont pas automatiques, et la plupart du temps sans effet, voire néfastes) et prenez un antipyrétique léger (comme du paracétamol) toutes les quatre heures.

Si la fièvre dure plus de 48 heures, si elle est accompagnée de vomissements et de maux de tête, consultez. Mieux vaut avoir 40 de fièvre pendant une bonne grippe que 38,5 toute une semaine sans explication. Chez l'enfant, une fièvre qui résiste aux antipyrétiques doit conduire chez le médecin.

Les médecines COMPLÉMENTAIRES

Souvent utilisées en prévention, les médecines complémentaires visent à rétablir un certain "équilibre" du corps. Cependant, des précautions sont à prendre avec certains produits qui peuvent se révéler dangereux s'ils sont pris inconsidérément.

L'homéopathie

Une de ses grandes qualités est de ne présenter aucune contre-indication. Les doses sont beaucoup trop faibles pour interagir avec les médicaments classiques ou pour déclencher une allergie. Il ne faut toutefois pas hésiter à consulter si les symptômes persistent : les homéopathes eux-mêmes reconnaissent que leurs médicaments ne sauraient s'appliquer à toutes les maladies.

La phytothérapie

Les extraits végétaux ne sont plus remboursés, et aujourd'hui rares sont les médecins qui les prescrivent. Résultat l'automédication est vécue comme une quasi-obligation pour certains. Mais attention, naturel ne signifie pas anodin.

Ces produits contiennent des molécules actives puissantes et potentielle- ment toxiques. Un flacon étiqueté "menthe", végétal a priori sympathique, contient une solution concentrée qui n'a rien d'inoffensive. Le millepertuis par exemple est contre-indiqué avec de nombreux médicaments (anticoagulants, antidépresseurs...), et surtout avec la pilule contraceptive dont il risque de diminuer l'efficacité.

Les laboratoires conseillent vivement de suivre les prescriptions d'un professionnel formé. Et de se garder de toute "cueillette" personnelle dans les sous-bois.

L'aromathérapie

Les huiles essentielles (HE) sont des extraits végétaux ultra concentrés. Elles contiennent des molécules très puissantes, donc dangereuses (surtout par voie orale : jamais plus de six gouttes d'HE pure par jour). Les noms latins ne simplifient pas l'identification : il vaut mieux ne pas confondre Eucalyptus radiata et Eucalyptus globulus (riche en terpènes et fortement déconseillé aux enfants). Il faut, là aussi, s'abstenir de toute automédication : passer par un médecin aromathérapeute est le meilleur moyen d'éviter les erreurs.

De même, veillez à ce que le pharmacien connaisse bien ses produits : un présentoir avec un large panel d'huiles essentielles bien étiquetées, toutes provenant du même laboratoire, est un bon indice.

Évitez de vous fournir chez un vendeur exposant trois flacons qui ne sont pas assortis. Les flacons doivent porter la mention HEBBD (huile essentielle botaniquement et biochimiquement définie), un numéro de lot et une date de péremption.

Règles élémentaires de précaution !

  • Proscrire l'automédication chez la femme enceinte ou allaitante et les enfants, surtout en bas âge.
  • Ne pas conserver les médicaments ayant déjà été prescrits pour une automédication ultérieure.
  • Posologie, durée du traitement et contre-indications doivent être respectées scrupuleusement !
  • Vérifier les incompatibilités avec les traitements en cours et les conditions particulières (grossesse, allaitement, diabète...).
  • Attention, la consommation d'alcool, de tabac, l'exposition au soleil... sont des phénomènes pouvant influer sur les effets des médicaments.

L'automédication doit être simple et courte : un ou deux médicaments pendant cinq jours au maximum. "Si les symptômes persistent, consultez votre médecin." Ce n'est pas qu'un slogan !

Ne pas oublier que, quelle que soit la voie d'administration (orale, cutanée, rectale, perlinguale...), les doses s'accumulent dans l'organisme.

Gérer son armoire à pharmacie

Les médicaments doivent être conservés au frais, à l'abri de la lumière (les variations de température et la luminosité peuvent déclencher des réactions) et de l'humidité. Conserver sinon les prescriptions, au moins les emballages et les notices explicatives afin d'avoir à portée les posologies, doses et effets secondaires.

Éliminer impitoyablement, en les rapportant au pharmacien, tout produit dont la date de péremption est dépassée (faire le ménage régulièrement). Séparer clairement les remèdes pour les enfants et, évidemment, s'assurer que l'armoire est hors de leur portée.

Outre le matériel de base (pansements, antiseptique, compresses stériles. x.), elle doit contenir :

  • Pommade, pansements gras stériles pour les brûlures.
  • Antalgique (paracétamol, ibuprofène. par voie orale, en gel pour les sportifs.
  • Aspirine, de préférence sous forme soluble.
  • Antiseptique pour les yeux.
  • Sérum physiologique en dosettes.
  • Deux sirops pour la toux (sèche et grasse).
  • Pastilles contre le mal de gorge.
  • Antidiarrhéique ou ultralevure.
  • Antispasmodique contre les maux de ventre.
  • Baume pour les ecchymoses.
  • Anti-acide pour les maux d'estomac.
  • Médicament pour faciliter la digestion (citrate de bétaïne).
  • Bain de bouche.
  • Antinauséeux.
  • Un antihistaminique contre les allergies.
  • Le cas échéant, médicaments prescrits par le médecin pour les maladies chroniques ou de crise (diabète, hypertension, allergies...).

Les signes d'alerte à ne pas prendre à la légère

Il faut consulter en cas de :

  • Céphalées nocturnes, fortes et inexpliquées, surtout si elles sont accompagnées de nausées, vomissements...
  • Présence de sang dans les selles, les urines.
  • Vomissements inexpliqués.
  • Alternance de phases de diarrhée et de constipation (possibilité de cancer du côlon).
  • Fièvre, même légère, qui dure.
  • Toux persistante.

Sans signifier nécessairement une maladie grave, ces symptômes méritent qu'un médecin s'y arrête et fasse le point.

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