Spécial seniors et Dons : Deux donateurs sur trois sont des seniors ! Portraits.

Ce n'est pas en qualité de senior que l'on est un bienfaiteur, un altruiste, un donateur. Mais deux donateurs sur trois sont des boomers ou des seniors. L'altruisme, le goût du don, sont plus une affaire d'éducation et donc d'histoire personnelle comme le montrent les parcours.

Donation Jar
© istock

« Je ne suis pas certaine que j’aime donner mais je ne me vois pas faire autrement. Je n’ai pas d’enfants, j’ai un bel appartement, je voyage. Ce serait trop injuste. » Sylvie, pourtant, n’est pas née dans le sérail de la bourgeoisie catholique mais dans le Marais. Le baptême, l’éducation chrétienne sont la conséquence de Vichy. « Une précaution des parents. Mais, je me suis bien plu chez les guides. Ca m’a donné l’esprit d’équipe. Après, pour bosser dans la croisière et le tourisme, ca n’a pas été du tout inutile. » Chaque année, Sylvie donne entre 2000 et 3000 euros à des associations qui se sont trouvées sur son parcours. Le Téléthon, mais surtout des associations d’aide aux aveugles - « j’ai longtemps habité en face  de l’une d’elles», la Ligue de protection des oiseaux, « car dans le Troisième on n’en voyait pas beaucoup », l’Institut Pasteur  « d’ailleurs, il auront mon appartement lorsque je vais disparaître. »

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Un Français donateur sur 10 avant 50 ans

La France compte 5, 34 millions de foyers donateurs (sur 35 millions) selon le dernier baromètre de la générosité du CERPHI (Centre d’études et de recherche sur la philanthropie)
Autrement dit, 6 Français sur 7 ne donnent pas. La proportion de non-donateurs augmente encore si l’on exclut les plus de 50 ans du compte. On tombe à un donateur sur 10 ou 15 en ne prenant en compte que les foyer de moins de 50 qui comptent pour plus de 20 millions d’entre eux mais seulement 1,5 millions de donateurs.

1 Français sur 3 après 50 ans

En revanche, 3,7 millions de foyers donateurs sont des plus de 50 ans. Cette fois, on se situe entre 1 sur 3 et 1 sur 4. Bref, les donateurs sont des seniors même si le don peut encore gagner d’importantes parts de marché parmi eux.

Encore faudrait-il se montrer plus précis car le don est une affaire sexualisée. « 56 % des femmes de plus de 65 ans sont donatrices pour 47% des hommes du même âge. Cette tendance vaut pour tous les types de dons, excepté le bénévolat qui demeure un domaine masculin», constate l’observatoire de la Fondation de France.
Mais la tendance est confirmée par les entretiens qu’Ariane Epée (Lille 2) a pu mener pour sa thèse de science politique (Ressorts institutionnels et individuels de la générosité envers les associations caritatives et de recherche).

Au point que l’on pourrait se demander s’il y a un salut pour le don hors les boomers ? En effet, 30% seulement des donateurs sont des 50- alors que 39% des donateurs sont des boomers (50-69 ans).

Le rôle primordial des femmes

« Et ça vous étonne ? Pas moi, pas vraiment. J’ai beau avoir été élevé à l’école publique, l’esprit de solidarité et de don était là tout de même. Via la coopérative ou le patro, on n’aurait jamais laissé quiconque dans la mouise, ça ne s’oublie pas ». Henri, 54 ans, est ingénieur de recherche à l’université après y avoir débuté comme technicien et changé de syndicat en route. « Mon père était aux chemins de fer. Qu’il soit à la CGT était parfaitement naturel mais lorsque j’ai vu l’esprit corpo qui régnait chez les « technos » à la fac, je ne m’y suis pas retrouvé. Je suis donc passé à la CFDT. Ca a davantage plu à ma femme. »

Charlotte, 52 ans, est la comptable des générosités du couple. Elle vient de l’action catholique ouvrière. A travaillé en usine avant de devenir gestionnaire d’un atelier de découpe et de conditionnement de poulets. « Le monde d’Henri est davantage celui de la solidarité dans les coups durs. Mes parents fréquentaient l’Église, s’occupaient de la paroisse et nous avions une forte culture du partage et du don, quelles que soient les circonstances. »

Les hommes donnent moins

L’étude Women Give 2012, menée par le Women’s Philanthropy Institute de l’université d’Indianapolis montre sans ambiguïté la place des femmes. Quelque soit leur niveau de revenu, qu’elles soient riches ou pauvres, les boomeuses et les seniors sont deux fois plus nombreuses à vouloir consacrer 3% ou plus de leur revenu à des dons que les hommes. Les études françaises, réalisées pour l’Observatoire de la Fondation de France, corroborent ces résultats. Elles montrent également que même si les femmes ont un moindre revenu que celui des hommes, elles sont davantage prêtes à donner. De surcroît, plus elles prennent de l’âge, plus la proportion de donatrices s’accroît, de même que le volume de leurs dons.

La veuve du général

« Mes enfants, mes petits-enfants ont tout ce qu’il leur faut. Je ne vois donc pas pourquoi je ne consacrerai pas une partie importante de mes revenus à des personnes plus défavorisées. Je n’aime pas trop me faire racoler par la télévision ni par je ne sais quelle vedette. En revanche, Les Petits frères des pauvres, la recherche contre le Cancer, Pasteur…ils savent qu’ils peuvent compter avec moi. Et malgré mon fils qui trouve toujours que j’exagère ! »

Veuve d’officier supérieur, Gisèle n’a pas sa langue dans sa poche. A 83 ans, plus personne ne se hasarde véritablement à lui demander des comptes. Elle vit sobrement dans une somptueuse maison de famille. Mais elle doit aujourd’hui se faire aider pour le jardin et tenir la maison. « Maurice et Jeanne me font de la compagnie. Mais j’ai le sentiment d’être la plus gamine du lot » dit-elle en évoquant ses aides.

La veuve du général est parvenu à ce stade de la vie où, comme « La vieille Dame Indigne » du film de René Allio, elle estime pouvoir s’affranchir de toute circonlocution pour s’exprimer. « Et je pense que donner 3000 euros par ans aux œuvres est bien en dessous de ce que je pourrais faire. Ceci dit j’ai déjà prévu un legs. »

Cette attitude est fréquente aux Etats-Unis, moins en France. « Mais j’avais une amie qui n’ayant personne, ni cousin, ni neveu, ni rien, a légué tous ses biens à l’évêché. Je me demande quelle tête ils feraient chez moi si je prenais ce genre de décision. Rien que d’y penser, ça me donnerait presque des idées. Mais bon…»

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