Mémoire & amnésie : comment ça marche ?

Sans la mémoire, nous ne sommes rien. Pierre angulaire du si fragile édifice qu'est l'Homme, elle est la condition sine qua non de notre existence, Qu'elle s'effrite, et c'est toute la construction qui se fissure. Enquête pour démêler l'écheveau des limbes de la mémoire.mémoire comment fontionne elle

Qu'entend-on par "amnésie" ?

Amnésie, cela signifie trouble de la mémoire mais dans le sens déficitaire. De la fidélité - ou de l'infidélité - de la mémoire aux troubles les plus graves et même jusqu'à son absence totale – très rare comme on l'a souligné, cela s'appelle l'amnésie. C'est, en fait, un terme global.

La dysmnésie est l'autre terme fréquemment utilisé pour l'amnésie. L'un comme l'autre traduisent un dysfonctionnement de la mémoire : "Elle ne marche pas comme je le désire".

Mais comment classer ces différentes sortes d'amnésie d'origines cérébrales ? Elles sont répertoriées dans deux grands groupes distincts.

D'abord, les amnésies considérées comme bénignes et, ensuite, les autres, toutes les autres, considérées plus préoccupantes.

Le premier groupe - celui des amnésies bénignes - concerne les troubles de la mémoire qui accompagnent le vieillissement, normal, de l'être humain. On l'appelle d'ailleurs "trouble de la mémoire lié à l'âge". Les Américains le nomment AAMI (Age associated memory impairment) ou "trouble de la mémoire en rapport avec l'âge".

Et puis il y a le cas particulier que représente l'ictus amnésique. Très impressionnant pour la personne qui en est victime mais aussi pour son entourage, c'est un trouble de la mémoire très aigu mais bénin, qui se résout tout seul, et dont on ignore la cause (spasme vasculaire transitoire ou sidération - arrêt soudain - des circuits nerveux de la mémoire).

De l'ictus amnésique...

L'âge, ici, est un facteur favorisant (on a plus de risque d'avoir un ictus amnésique à cinquante ans qu'à vingt ans) mais non déterminant.

En fait, les circuits de la mémoire ne fonctionnent pas pendant quelques heures, voire un ou deux jours. Durant ce laps de temps, les victimes d'un ictus amnésique sont incapables de dire ce qui leur arrive. "Que fais-je ici pourquoi m'a-t-on amené là que m'arrive-t-il ?" sont leurs leitmotive. Leitmotiv traduisant leur état d'anxiété.

Pourtant, s'ils ont oublié les quelques jours ou quelques mois qui précèdent l'ictus, ils ont, en revanche, conservé tous leurs souvenirs anciens car ces derniers sont préservés et appartiennent à la mémoire consolidéfstimule.

A l'autre pôle, les amnésies les plus graves sont représentées par le vieillissement pathologique dont, actuellement, l'expression la plus connue est la maladie d'Alzheimer.

…À la maladie d'Alzheimer

C'est la variété la plus fréquente de démence sénile qui relève d'un déficit en acétyl-choline. Or, l'acétyl-choline est un neuromédiateur chimique qui joue un rôle particulièrement important dans les apprentissages et le stockage des souvenirs.

Aujourd'hui, en raison de la sensibilisation accrue du public, fréquemment sous-tendue par sa crainte de la maladie d'Alzheimer, les services spécialisés ou consultations de la mémoire reçoivent de plus en plus de patients. Et nombre d'entre eux viennent consulter pour un symptôme assez récent : la plainte mnésique. En clair : "J'ai mal à ma mémoire".

Distinguer les cas bénins des graves

Le premier travail du médecin va consister à faire la différence entre la plainte mnésique bénigne et celle qui peut se révéler plus grave.

Mais comment faire le distinguo entre les deux ? Quand on oublie, cela signifie que l'on n'a pas pu apprendre les informations fournies (problème de stockage), ou que l'on a stocké ces dernières sans toutefois pouvoir les retrouver dans les dédales de la mémoire.

Il faut donc procéder à un interrogatoire qui va permettre de faire le point en s'appuyant sur des exemples précis.

Le médecin va alors demander au patient comment fonctionne sa mémoire dans son activité professionnelle mais aussi dans ses gestes quotidiens. S'il lui arrive souvent d'oublier un nom, un numéro de téléphone, un rendez-vous. S'il omet régulièrement d'acheter du pain, ne sait plus où il a rangé ses clefs, garé sa voiture...

Cette première étape permet de clarifier nombre de cas.

Notamment pour ceux qui ont une activité professionnelle importante et efficace mais qui oublient de faire les courses, de passer prendre leur costume chez le teinturier... Pour ces derniers, le médecin a déjà la quasi-certitude d'être en présence de troubles de la mémoire de signification bénigne.

Des tests neuropsychologiques

Un tel interrogatoire est capital pour savoir exactement comment fonctionne la mémoire dans la vie quotidienne.

C'est ce questionnaire qui va conditionner la suite des investigations, en l'occurrence, ici, les tests neuropsychologiques.

Or, sans étude approfondie du comportement du sujet, pas de tests !

Car ces tests restent des situations artificielles qui nécessitent d'agir avec précaution. Leur but est de mettre la mémoire en activité, de voir comment sont retenues les informations.

Au cours de l'entretien, le médecin donne, par exemple, quatre mots à retenir : maison, tourterelle, lunettes, étoile.

La discussion dure quelques minutes. Puis il demande à son interlocuteur de lui citer les mots.

S'il n'obtient qu'une seule réponse, en admettant que l'homme est capable de retenir facilement trois ou quatre mots, on peut estimer qu'il y a un problème au niveau de la mémoire. Reste à savoir lequel.

>> À lire aussi : J’ai des trous de mémoire : que faire docteur ?

La "danse" des mots

Si la personne interrogée ne peut donner aucun des trois autres mots, on peut alors, pour chacun de ces mots, lui fournir un "appel indicé » susceptible de la mettre sur la piste du mot à retrouver. Par exemple, en lui précisant que l'on peut trouver l'un d'entre eux dans le ciel.

S'il répond : "Etoile", C'est la preuve que le mot a été stocké mais qu'il n'était pas immédiatement à disposition. C'est donc un déficit bénin. Par contre, si l'on n'obtient aucune réponse ou une mauvaise ("avion, soleil, nuage..."), il s'agit d'une intrusion qui peut être un indice grave (maladie d’Alzheimer)

Les tests les plus simples permettent donc au médecin d'affiner son jugement. De se faire une opinion entre un souvenir qui est là, dans la mémoire mais insaisissable, et un autre, qui n'a jamais pu entrer.

Au fait, vous rappelez-vous le titre de la pièce de théâtre de Jean Anouilh, citée au début de cet article ?

Comment fonctionne notre mémoire ?

A l'instar des capacités intellectuelles, et sans que l'on en connaisse les raisons, il existe une certaine inégalité de la mémoire chez les individus.

Certains seront moyens, d'autres très moyens, d'autres encore se situeront largement au-dessus ou en dessous de la moyenne, sans que cela soit, pour autant, en rapport avec l'intelligence.

Pour la mémoire des faits récents, la mémoire épisodique, fraîche" en quelque sorte, ce sont des circuits anatomiques, profondément enfouis dans le cerveau, qui sont mis en œuvre. Ils se trouvent au niveau du cerveau "primitif", au sens noble du terme.

Ces mêmes circuits ont tout d'abord été soupçonnés d'intervenir dans la régulation des émotions, apportant ainsi la preuve de l'importance que revêt la vie émotionnelle dans la mémoire.

Ces circuits (de Papez) sont très liés au cerveau dit "émotionnel" mais également au lobe frontal du cerveau, lequel intervient dans nos capacités de planification et d'organisation de notre existence et nos actions.

Pour la mémoire des faits anciens, tout le cerveau se trouve investi. C'est ce qui permet leur consolidation.

De quels traitements dispose-t-on ?

Pour le groupe des amnésies bénignes qui concernent les troubles liés au vieillissement, il faut avant tout penser à cultiver sa mémoire.

Surtout au moment de la retraite, où l'on quitte toute activité professionnelle.

La vie associative, le bénévolat, le fait d'exister socialement sont alors des moyens de s'occuper de sa mémoire, de la mettre en œuvre.

S'investir dans cette voie - les associations loi 1901 sont légion, prendre des initiatives, se savoir utile pour les autres est un excellent moyen de rester actif sur le plan social.

Pourquoi ne pas adhérer au projet d'une association qui privilégiera vos qualités - si vous êtes sportif, encadrez un groupe de jeunes pour leur faire découvrir une activité athlétique... - ou, au contraire, vous fera découvrir des horizons jusqu'alors inconnus - l'informatique n'est pas un univers réservé à la seule jeunesse ?De même, lire les journaux, regarder la télévision, continuer de s'intéresser de façon critique à l'actualité permet à la mémoire de rester active, donc opérationnelle.

Il faut la motiver, lui trouver une utilité dirigée vers un but.

Ce peut être un plaisir culturel, individuel, comme jouer au Scrabble, un Sudoku, faire des mots croisés, etc. Bref, des activités qui associent tout naturellement le plaisir ludique au plaisir intellectuel.

C'est d'autant plus important qu'un retraité peut souffrir d'un manque d'insertion sociale, de reconnaissance. Il n'a pas - ou plus - de lieu où s'investir.

C'est là où les ateliers de mémoire peuvent être utiles. Utiles, parce qu'ils signifient rencontres et échanges. Utiles, parce qu'ils proposent des exercices de mémoire (livres, ordinateurs...).

Cela ne peut être envisagé que si le sujet ne dispose pas de lieu d'investissements naturels pour sa mémoire.

Pour la maladie d'Alzheimer. Les traitements qui sont actuellement en cours d'expérimentation pour lutter contre la maladie d'Alzheimer visent à augmenter le stock d'acétylcholine. On ne résout pas les lésions mais on tente de compenser le manque d'acétylcholine provoqué par ces dernières.

Ces progrès encore légers ne dispensent pas, bien au contraire, d'une prise en charge globale du malade. Il est très important, pour celui qui est touché par la maladie d'Alzheimer, d'avoir des repères fiables autour de lui. La prise en charge familiale est primordiale au même titre que les médicaments.

Pour l'amnésie totale. Un amnésique total est quelqu'un qui ne se souvient de rien. N) de son nom, ni de son activité professionnelle. Rien. Le désert. Bien que spectaculaire cela reste heureusement très exceptionnel (traumatisme crânien, coma...).

Elle peut également être un refuge par rapport à la réalité. Mais un refuge, n'est-ce pas une façon inconsciente de résoudre un problème ?

Dans la plupart des cas, il se produira un déclic. Peu à peu, l'amnésique va reconstruire sa mémoire, se rappeler certains souvenirs. C'est à une véritable enquête sociale qu'Il va falloir se livrer pour l'aider à se reconstruire. Un jour, mémoire reviendra, saut s'il souffre de désordres très graves de la personnalité relevant de la psychose.

Pas d'identité sans la mémoire

Il existe deux types de mémoire qui fournissent à l'homme les références indispensables lui permettant de se situer à la fois dans le temps et dans l’espace. Sans ces appuis, nul individu ne pourrait exister.

D'une part, celle que l'on appelle la mémoire épisodique. En fait, c'est une mauvaise traduction du mot anglais « episod » qui signifie « événement ». C’est la mémoire familiale, personnelle, sociale, celle qui construit l'identité de l'être humaine. Celle qui fait qu'un homme est différent, ne ressemble à aucun autre, car son histoire est unique.

Et, d'autre part, il y a la mémoire sémantique. Elle renvoie aux connaissances acquises (études, activité professionnelle...), au savoir que l'on a sur le monde.

Une "bibliothèque" qui s'étoffe de jour en jour

Au fur et à mesure que l'être humain avance dans sa vie, sa mémoire est, bien sûr, soumise à des compilations de plus en plus importantes.

Rien de plus normal, c'est l'expérience qui s'accumule. L'homme désire que sa mémoire se mette immédiatement à son service. Mais chercher un livre une information, un souvenir dans une bibliothèque, ce peut être long, très long. Et cela, l'être humain ne le tolère pas beaucoup quand il s'agit d'un souvenir.

Une bibliothèque en l'occurrence, ici, le cerveau c'est un mélange d'ordre et de désordres Or, avec le temps, la mémoire se rebelle un peu.

Elle devient donc moins disponible. Et le capharnaüm de la bibliothèque enfle peu à peu. Il faut donc la ranger de façon régulière, en entraînant sa mémoire.

La mémoire inspire les arts

Le théâtre, la littérature, romanesque ou d'anticipation, le cinéma et même la bande dessinée ont largement développé le thème de l'amnésie.

De Jean Anouilh et son "Voyageur sans bagages" à Jean Giraudoux ("Siegfried et le Limousin'), de Van Vogt ("La trilogie des A") en passant par Alfred Hitchcock ("La maison du docteur Edwardes"), Enki Bilal ("La Foire aux immortels") à Morris ("L'amnésie des Dalton"), ils sont nombreux à avoir arpenté le labyrinthe de la mémoire.

Bien sûr, l'œuvre de création est, par définition, libre de ses choix, et n'est tenue par aucune Vérité, qu'elle soit scientifique Ou non, Heureusement, il en va tout autrement de la réalité...

L'amnésie totale est rigoureusement exceptionnelle. Très rares sont les sujets qui ne se souviennent de rien, même si, effectivement, la littérature romanesque en a fait un de ses chevaux de bataille.

De là à enfler démesurément l'importance de l'amnésie totale dans l'inconscient collectif, il n'y a qu'un pas...

À retenir

  • Si vous constatez un certain fléchissement de votre mémoire, et si les troubles persistent, consultez votre médecin.
  • En fonction de votre cas, il vous orientera peut-être vers un spécialiste (neurologue)
  • Il n'existe pas d'égalité en matière de mémoire. Certains ressentiront des troubles de mémoire dès 40 ans quand d'autres seront touchés par ces troubles après 80 ans.
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