Cancer de la prostate : Quelle sexualité après ?

Cancer de la prostate : Quelle sexualité après ?

Après une chirurgie de la prostate, des troubles de l’érection peuvent apparaître. Quels sont les traitements pour retrouver sa vitalité sexuelle ?

Parmi les différents traitements du cancer de la prostate, la chirurgie est assez souvent proposée. Elle consiste à enlever la prostate. Les voies séminales qui permettent le “transport” des spermatozoïdes sont, quant à elles, ligaturées. Conséquence : l’éjaculation disparaît sans pour autant mettre en jeu la possibilité d’un orgasme. Mais qu’en est-il de l’érection ? « La fonction érectile dépend de la conservation des nerfs caverneux, qui passent au plus près, de part et d’autre de la prostate », répond le Dr Édouard Amar.

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Tout est tenté pour ne pas abîmer ces nerfs au cours de l’opération. Mais dans certains cas, le développement de la tumeur oblige le chirurgien à faire une intervention plus étendue. Au risque de léser le nerf du côté où la lésion s’est étendue. Et même en l’absence de toutes lésions, le simple contact du nerf avec des instruments de chirurgie peut provoquer une forme de paralysie appelée neurapraxie. « Le nerf est sidéré », dit le Dr Amar. D’un côté ou des deux. En résulte une dysfonction érectile très pénalisante et qui vient s’ajouter à l’angoisse, aux douleurs et, parfois, aux troubles urinaires postopératoires.

Pourtant, cette “paralysie” n’est pas toujours définitive. Elle cède progressivement au fil des mois. Parfois deux à trois ans après l’intervention. Et l’on peut jouer sur l’évolution et le délai de récupération en utilisant toute les techniques qui existent aujourd’hui.

Stimuler les muscles

Que faire pour améliorer ses chances de retrouver une sexualité épanouie ?

Ne pas laisser la fibrose s’installer, ni les muscles péniens perdre leur élasticité. En usant d’une analogie, le nerf peut être comparé au démarreur d’une voiture. Si on laisse la voiture au garage avec un démarreur en panne, la batterie sera à plat lorsque la réparation sera effectuée.

En cas de paralysie transitoire du nerf le “moteur”, c’est-à-dire le muscle  des corps caverneux présent dans le pénis, ne fonctionne plus. Et cette inactivité forcée a, tout comme pour la voiture, des conséquences néfastes. Les tissus ne sont pas oxygénés et les muscles ne s’entrainent” pas.

D’où un risque que le problème d’érection persiste malgré la réparation des nerfs. On comprend alors la nécessité de consulter le chirurgien-urologue ou le spécialiste andrologue, et d’entreprendre une rééducation pénienne active avant qu’il n’y ait de discordance entre la “machinerie” et le nerf quand il aura récupéré.

Une béquille chimique

Nombre de patients (30 % environ) peuvent avoir une érection spontanée six mois après l’intervention quand les deux nerfs n’ont pas été touchés. Dans ce cas, le Viagra® peut apporter une aide efficace. Même si c’est parfois plusieurs mois après l’opération que les bénéfices du médicament se manifestent.

En revanche, ceux qui n’ont pas d’érection spontanée ne peuvent bénéficier des médicaments de facilitation. En effet, ces traitements ne marchent que si les voies nerveuses proérectiles sont partiellement ou totalement intactes.

Les plus utilisés : les traitements locaux pour “entraîner” le système et éviter la fibrose par manque d’oxygène.

L’injection intra-caverneuse

Une injection intra-caverneuse de prostaglandine  dans le muscle du corps caverneux entraîne des réactions physiologiques aboutissant à l’érection.

La technique s’apprend en une à deux consultations. Cela ne fait pas très mal et cette rééducation pénienne maintien en forme les muscles caverneux.

De plus, la reprise d’une vie sexuelle aide à surmonter l’épreuve du cancer, en restaurant l’image corporelle. Un traitement à débuter dès que les douleurs ont disparu et que les problèmes de continence sont réglés. Les médecins peuvent ajouter des alphabloquants et de la papavérine au mélange si les prostaglandines seules ne suffisent pas.

A noter : depuis janvier 2001, un de ces produits est remboursé pour cette indication par la Sécurité sociale.

Point d’ombre : les complications locales. Il existe un risque d’érection prolongée qui impose une consultation d’urgence. Mais cette complication rare est évitée si on ajuste bien les doses lors des deux premières consultations.

Autre souci : de petits nodules peuvent survenir. Une surveillance régulière permet de les minimiser. Un bilan est fait tous les trimestres.

Et quand on n’aime pas les piqûres...

Si les injections sont impossibles (personnes obèses, patients âgés ou réfractaires aux piqûres), des alternatives existent. Une nouveauté en France, déjà connue aux États-Unis et en Angleterre sous le nom de Muse (Medical urétral system for érection) : le gel de prostaglandine E, qui est injecté dans l’urètre par l’intermédiaire d’une fine canule.

L’érection apparaît 15 minutes après.

L’inconvénient : le prix (non pris en charge par la Sécurité sociale) et une efficacité moindre par rapport aux piqûres.

Autre alternative : le vacuum (sorte de tube dans lequel on place le pénis) qui induit par dépression une érection maintenue par un anneau en caoutchouc pendant 30 minutes.

Deux ans après le traitement chirurgical du cancer de la prostate, c’est l’heure du bilan : soit tout est rentré dans l’ordre, sans aide médicamenteuse. Soit l’aide de médicaments, voire d’injections ou de gel restent nécessaires... soit rien n’a marché. Dans ce cas, un dernier recours: la chirurgie avec pose de prothèse pénienne, devenue aujourd’hui fiable.

L’influence des nerfs

Si l’opération a pu être effectuée, avec conservation des deux nerfs “activant” l’érection, 60 % des hommes de moins de 60 ans récupèrent une érection naturelle, avec ou sans rappel d’un médicament.

Si un seul nerf a pu être conservé, les résultats seront moitié moins bons.

Enfin, même si aucun des nerfs n’a pu être respecté, un homme sur dix retrouvera quand même une érection grâce à quelques fibres nerveuses restantes et souvent à l’aide du sildénafil (Viagra®).

La guérison avant tout !

À côté de l’intervention chirurgicale, pour laquelle il existe 40 à 50 % de risque de souffrir de désordre sexuel, d’autres solutions peuvent être proposées pour le traitement du cancer de la prostate. On estime que la radiothérapie conventionnelle et la curiethérapie génèrent un trouble de la sexualité chez la moitié des patients dans les deux ans.

Bien sur le choix du traitement ne doit pas se faire sur le seul argument de la sexualité. L’important, c’est de guérir le cancer. En tenant compte non seulement des risques de dysfonction érectile, mais aussi de troubles de la continence, de l’extension de la tumeur et des atouts de la technique en cas de récidive.

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