Hormones et désirs : Quand les hormones se jouent de nous

Pourquoi désir varie ? Serait-il uniquement gouverné par les hormones ? Rassurons-nous : l’éveil de notre désir obéit à plusieurs « commandes », dont le système hormonal n’est qu’une composante. Mais essayons ensemble de mieux comprendre le rôle si complexe et mal connu de ces toutes puissantes molécules chimiques…hormones desirs sexualité

Les hormones influencent la baisse ou la hausse de la libido. D’aucuns prétendent même que le désir est entièrement sous l’emprise des hormones. Faux ! rétorquent d’autres, peut-être plus « romantiques » et moins « biologistes » qui se plaisent à préférer la magie de l’attirance et sa part de mystère…

Ni les uns ni les autres n’ont totalement tort ou totalement raison. Certaines hormones – et principalement les hormones sexuelles, c’est-à-dire celles fabriquées en majeure partie par les glandes sexuelles (ovaires pour les femmes et testicules pour les hommes) mais aussi, dans une plus faible proportion, par les glandes surrénales – participent effectivement à la montée… ou à la chute du désir.

Chez les femmes, ce sont les œstrogènes et la progestérone, ainsi que dans une faible quantité (0,5 mg par jour) la testostérone, une hormone sexuelle mâle sécrétée bien plus abondamment chez les hommes, qui interviennent.

La testostérone, la plus notable des hormones androgènes, a d’ailleurs été surnommée « hormone de la libido » tant son impact sur le désir masculin semble être important. Car, chez les hommes, c’est la testostérone qui ferait la loi ! D’où un désir généralement plus « fort » et surtout moins variable que celui de leurs compagnes. Avant tout, il est essentiel de considérer que plus que le taux des hormones et leurs sécrétions, ce sont leurs variations qui vont jouer un rôle sur le désir.

Autrement dit, quand les sécrétions hormonales fluctuent (à la baisse ou à la hausse), c’est le désir qui change (en mieux ou en moins bien).

Au cours du cycle chez la femme

Les femmes ont-elles plus envie d’amour avant, pendant ou après les règles ? En première ou en deuxième partie de leur cycle ? Les réponses semblent contradictoires. Certains spécialistes prétendent que les femmes connaissent une relance de leur désir au moment de l’ovulation.

  • Serait-ce parce que la Nature est ainsi faite que les femmes ont plus envie (inconsciemment) de faire l’amour quand elles se savent « fécondables » ?
  • Ou bien faut-il y voir une raison hormonale, sachant que l’on en- registre un pic de sécrétions d’œstrogènes, ainsi qu’un taux de testostérone à la hausse au moment de l’ovulation ?

Cette combinaison d’hormones du désir (féminines et masculines) en- traînerait alors un appétit sexuel plus gourmand…

D’autres disent que le désir est à son maximum en tout début de cycle (phase folliculaire) et juste après l’ovulation (phase lutéale), parce qu’à ces moments précis du cycle l’afflux du sang dans le vagin est plus important, rendant ce dernier plus réceptif. Le corps se sachant plus disposé à atteindre l’orgasme fait signe au désir qui, rétroactivement par une sorte d’effet rebond, se met lui aussi en route.

Ces interprétations incitent donc à penser que les œstrogènes, sécrétés durant la première partie du cycle, sont les hormones du désir chez la femme. Ils préparent en effet les tissus récepteurs à mieux réagir.

Le vagin se gorge de sang, il est plus irrigué et cette vasocongestion favorise la sensibilité des organes concernés et facilite ainsi l’accès à l’orgasme.

Et la progestérone alors ?

Contrairement aux œstrogènes reconnus stimulants, cette hormone a un pouvoir relaxant, une variante dont il ne faut pas négliger le rôle car, pour aimer, mieux vaut être délassé que tendu.

Sécrétée en deuxième partie de cycle où elle vient s’associer aux œstrogènes, la progestérone pourrait concurrencer en quelque sorte son équivalent masculin, la testostérone, et vient compléter favorablement le rôle des œstrogènes. Dans ce cas, elle viendrait majorer le désir en deuxième partie de cycle.

Quant aux femmes qui ressentent plus de désir au moment de leurs règles, la cause semble plus probablement trouver son explication plus au registre psychologique qu’hormonal, si ce n’est que dès l’instant où surviennent les règles, les sécrétions hormonales sont en chute libre, et ce pourrait être cette variation brutale qui a une répercussion sur le désir.

Cela dit, la valeur symbolique du sang dans l’expression de la féminité est importante et beaucoup de femmes se sentent plus « femmes » à ce moment-là et donc plus proches de leur intimité. Cet état d’esprit peut alors les inciter à laisser libre cours à leur sensualité et leur donner envie de faire l’amour.

Sans oublier non plus que l’impossibilité de « tomber enceinte » peut soulager celles qui préfèrent avoir des rapports sexuels sans risque de grossesse et en toute tranquillité…

Pour les femmes qui prennent la pilule, les ovaires restent au repos : ainsi, si seules les hormones étaient responsables de variations de désir, la logique voudrait que les femmes utilisant un moyen de contraception oral ne connaissent ni pic ni creux de désir, mais une libido stable et immuable tout au long de leur cycle. Certaines patientes se plaignent en effet parfois de ne « pas sentir leur corps » quand elles sont sous pilule. Mais quelle est la part du psychologique dans cette affaire ?

Pendant la grossesse et juste après

Neuf mois particuliers dans la vie d’une femme ont des répercussions sur son désir. Voyons d’abord ce qui se passe au niveau hormonal.

hormones durant la grossesse
© Omum

Quand il y a grossesse, il y a une véritable inondation hormonale dans le corps de la femme, un raz-de-marée ! Les sécrétions d’œstrogènes et de progestérone se multiplient par milliers ! Dès le début de la grossesse, l’ovaire grossit, sécrétant beaucoup d’hormones ; au bout de trois mois, le placenta se forme et prend le relais de l’ovaire en assurant à son tour la sécrétion hormonale. Tout au long de la grossesse, le rôle des hormones est prépondérant.

Ici, a fortiori, puisque le taux d’hormones est plus élevé, les œstrogènes jouent un rôle important pour maintenir le désir et la progestérone est encore plus relaxante.

Mais il est important de considérer la grossesse en trois temps : les premier, deuxième et troisième trimestre.

  • Il est vrai que le deuxième trimestre est souvent perçu comme le plus tranquille et le plus propice aux élans amoureux.
  • Les malaises des trois premiers mois (nausées, douleurs aux seins, etc.) ont cessé et la femme découvre un corps qui s’arrondit : elle « se sent enceinte » et s’en réjouit. Sa sur-féminité la rend plus prête à l’amour.
  • En revanche, pour certaines, le dernier trimestre est plus difficile, le corps est alourdi, des douleurs au dos apparaissent, il leur est difficile d’être installée confortablement, etc. Moins à l’aise dans leur corps, elles ont aussi moins envie de faire l’amour.

On le voit, toutes ces raisons semblent plus physiologiques qu’hormonales.

Pourtant, l’un des facteurs hormonaux qui survient au cours de la grossesse, c’est l’apparition d’une hormone inhibitrice de la libido, la prolactine. Sécrétée par l’hypophyse, tout au long de la grossesse mais en plus grande quantité au moment de l’accouchement et dans les quinze jours qui suivent, cette hormone de la lactation – qui déclenche par ailleurs la montée de lait permettant à la jeune maman d’allaiter son bébé – a un effet négatif sur la sexualité, c’est-à-dire qu’elle met le désir en sourdine, rendant les récepteurs insensibles.

Les choses rentrent dans l’ordre spontanément, en général après la période de montée laiteuse. Si la jeune maman allaite son enfant pendant plusieurs mois, le taux de prolactine restera alors présent jusqu’à la fin de la période d’allaitement.

Enfin, on ne peut pas parler du post-accouchement, sans évoquer le fameux « baby-blues » partagé par de nombreuses jeunes accouchées et qui s’explique très facilement par la chute d’hormones que leur corps subit après en avoir été littéralement inondé pendant neuf mois.

Là non plus, pas d’inquiétude si votre libido répond absente, cette déprime postnatale ne dure généralement que quelques jours jusqu’à ce que la jeune mère se donne toute à la joie de découvrir son bébé… et de retrouver son mari.

Et puis, ajoutons que sur le plan physiologique les premiers jours après l’accouchement sont loin d’être la période la plus propice aux ébats amoureux, notamment à cause d’une éventuelle cicatrisation d’épisiotomie ou au relâchement des muscles du périnée, par exemple. Autant d’éléments anti-libido où ni les hormones ni tout l’amour du monde ne sont en cause…

À la ménopause

Phénomène marquant s’il en est au niveau hormonal puisque la ménopause marque l’arrêt pur et simple des sécrétions ovariennes. Mais avant elle, la pré-ménopause est importante elle aussi. A ce moment-là, la progestérone est en baisse ; pourtant, les femmes ressentent peu d’effets secondaires sur leur libido car les œstrogènes se maintiennent, leur assurant ainsi une qualité sexuelle satisfaisante. En revanche, elles peuvent souffrir d’inconvénients tels que saignements ou douleurs au dos, aux seins qui risquent alors de les détourner de l’envie de faire l’amour.

A l’inverse, on enregistre parfois des pics de désir pouvant s’expliquer en partie par la hausse d’œstrogènes.

Quant à la ménopause proprement dite,  il est important de différencier la ménopause spontanée de la ménopause provoquée chirurgicalement par l’ablation des ovaires (ovariectomie).

Cette ménopause artificielle est caractérisée par l’arrêt complet et brutal des sécrétions ovariennes, alors qu’en présence d’une ménopause naturelle les ovaires continuent à sécréter de légers taux d’hormones.ménopause hormones

Il faut savoir que les femmes sont inégales face à ce phénomène inéluctable que représente la ménopause : elles le vivent plus ou moins bien psychologiquement, sa survenue est plus ou moins précoce et surtout ses effets secondaires sont plus ou moins inconfortables d’une femme à une autre. A titre d’exemple et au niveau hormonal, les femmes un peu rondes ont plus de chances que des femmes très maigres. Mais encore ?

A la ménopause, on peut assister à une modification des cellules graisseuses qui deviennent alors capables de fabriquer des œstrogènes, explique les médecins. La relève hormonale serait donc assurée grâce à nos rondeurs et kilos de trop contre lesquels nous avons tant lutté ! Qui l’eût cru !

D’autre part, les traitements hormonaux dits de substitutions permettent à de nombreuses femmes victimes de troubles liés à la ménopause (bouffées de chaleur, prise de poids, mais aussi sécheresse vaginale, irritabilité, ces deux derniers points étant plus directement impliqués dans le bien-être conjugal et sexuel) de retrouver un confort appréciable. N’hésitez pas à en parier à votre médecin qui saura vous prescrire un traitement adapté.

Sachez aussi qu’une avancée dans le traitement et la recherche du confort retrouvé passe par l’attribution d’une autre hormone : aux Etats-Unis surtout, pour le moment. En effet, quand les traitements substitutifs classiques ne suffisent pas sur le plan de la libido, certainsmédecins choisissent d’administrer à leurs patientes de très légères doses de testostérone.

Comme quoi, les hormones sont bien utiles…

>> Sur le même sujet : Ménopause : Quel impact sur la vie amoureuse ?

Du côté des hommes

De par l’existence du cycle féminin et des étapes qui jalonnent la vie d’une femme (puberté, grossesse, ménopause, etc.) et entraînent des fluctuations hormonales importantes, les femmes semblent plus concernées que leurs compagnons par le rôle des hormones, et notamment de leurs variations sur leur libido.

Cela dit, leurs compagnons ne sont pas totalement épargnés non plus puisqu’ils connaissent aussi des « passages à vide hormonal ». Le plus notable se situe autour de 55-60 ans, quand le taux de testostérone accuse une chute sensible. Sécrétée normalement à raison de 6 à 8 mg par jour, elle se met à décliner au point de ne plus assurer une excitabilité suffisante.

testosteroneBien que les sécrétions de cette hormone décroissent progressivement tout au long de leur vie, le processus s’accentue après la cinquantaine et peut se traduire par une baisse significative d’une libido jusque-là sans histoire. Cette répercussion ne manque pas d’inquiéter tout homme non averti qui risque de considérer sa virilité comme remise en cause et de mal accepter son corps vieillissant.

Certains spécialistes pensent que la crise de la cinquantaine peut être imputée à la baisse importante de la production de testostérone. Cette chute hormonale rappelle la ménopause de leurs partenaires.

On a d’ailleurs parlé d’andropause, mais cette baisse de testostérone évoque plus précisément une hypoandrogénie (c’est-à-dire une baisse d’hormones mâles). Et de toute façon, même si andropause il y a, cette étape masculine n’est pas aussi marquée et brutale que la ménopause puisque l’on sait pertinemment que les hommes sécrètent des hormones et restent fertiles jusqu’à un âge très avancé, voire jusqu’à leur mort.

Si ce problème de libido en berne persiste et prend un caractère alarmant pour la victime, un traitement hormonal de substitution peut être mis en œuvre à condition que l’on soit en présence d’une prostate saine ne présentant pas de contre-indications et que l’on se soumette à une surveillance médicale régulière.

Hormones : tout part du cerveau !

Réseau aussi complexe qu’organisé, le système hormonal donne du fil à retordre à tous ses analystes, endocrinologues et autres spécialistes biologistes.

Très schématiquement pourtant, retenez que tout part du cerveau, dans lequel se trouve une glande, l’hypothalamus, qui commande tout. Directement sous ses ordres, l’hypophyse est chargée d’envoyer des messages par le biais des hormones (les messagers) aux organes concernés. Quant à l’étroite relation hormones/sentiments, elle s’explique peut-être par la proximité géographique du système limbique (le cerveau des émotions) de l’hypothalamus, deux zones reliées l’une à l’autre par des neurotransmetteurs.

Les autres glandes endocrines jouant un rôle dans la libido sont les deux glandes surrénales, ainsi que les glandes sexuelles bien sûr (ovaires pour les femmes et testicules pour les hommes)a Les hormones qu’elles fabriquent « préparent » les organes sexuels en les sensibilisant.

Ainsi, on comprend mieux l’importance de ces hormones joliment surnommées « hormones du désir » dans nos échanges intimes et amoureux.

Le poids du stress

Ennemi du désir qui empoisonne la sensualité féminine aussi bien que masculine, le stress est le mal du siècle qui rend l’amour malade. Sur le plan hormonal, que se passe-t-il ?

En cas de stress, l’adrénaline, une hormone qui appartient à la famille des catécholamines fabriquées par les glandes surrénales, est sécrétée en excès. Or, au début, l’adrénaline stimule le désir et les réactions sexuelles, mais si la sécrétion reste longtemps élevée (comme c’est le cas chez les personnes stressées), ce surplus entraîne un malaise généralisé car il perturbe l’hypothalamus et l’hypophyse : leurs commandes ne répondent plus, les messages s’emballent bref c ‘est le chaos le plus complet et la machine hormonale a des ratés.

A tel point que l’on peut assister, par action retour, à une perturbation du Cycle ovarien. Ainsi, il n’est pas rare de voir une femme stressée avoir des cycles irréguliers, des saignements en dehors des règles, quand elle ne souffre pas carrément d’aménorrhée (disparition des règles).

Quant à l’effet négatif du stress Sur la libido, il n’est plus à prouver ; les commandes cérébrales étant parasitées par cette hormone du stress (l’adrénaline), les organes sexuels ne répondent plus.

Cela se traduira par une libido capricieuse, mais aussi par des troubles érectiles chez l’homme ou une absence de lubrification chez la femme rendant d’éventuels rapports inconfortables si ce n’est désagréables.

L’effet dopamine

La dépression nerveuse, là encore un problème mixte (à savoir partagé par les hommes et les femmes) dans lequel tes hormones ne seraient pas innocente. En effet des études ont prouvé que certaines personnes déprimées accusaient une baisse de sérotonine, de dopamine et de noradrénaline, hormones « nerveuses » cérébrales, qui ont une action stimulante.

Privés de leur pouvoir stimulant, les déprimés sont alors inhibé – privés de tout enthousiasme et de toute énergie : ils n’ont envie de rien donc pas envie d’amour. Si en plus, les glandes surrénales sécrètent le cortisol (hormone du stress), la dépression risque d’être plus intense encore.

Les hormones semblent ainsi se liguer contre celui qui ne demande qu’à guérir et à retrouver le goût de vivre et d’aimer. Pour lutter contre ces modifications hormonales, une prise en charge médicale s’impose car un médecin pourra non seulement assurer un soutien psychologique mais prescrire des médicaments sérotoninergiques, par exemple, capables d’agir sur l’hormone cérébrale manquante et l’administration de ce type d’antidépresseurs plus stimulants qu' »abrutissants » aidera les patients à retrouver une sexualité épanouie.

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